QU’EST-CE QUE LE POPULISME ?

Publié le par David L'Epée

Jaur--s.jpg« Hors de l’échiquier classique de la droite et de la gauche institutionnelles, c’est une force qui semble émerger de nulle part. Mais d’où vient-il ? Le populisme ex nihilo n’existe pas : il naît au sein des sociétés en crise de transition, quand, entre l’élite au pouvoir et la base sociale, se produit une très grande rupture affective. [...] L’abîme entre la réalité du pouvoir et la réalité de la masse ne cesse de s’accroître. Il y a, en somme, une cassure des liens affectifs et de fraternité : aux uns, les castes minoritaires, la maîtrise du pouvoir et la jouissance des richesses ; aux autres, les masses populaires, une vie petite et pleine d’efforts, sans but propre. Ainsi, la raison se met en veilleuse et le citoyen engagé se tait. L’aliénation sociale et politique s’impose aujourd’hui aux masses, comme hier la religion, sans autre issue que la religion et le rêve. [...]

 

Le populisme est, avant toute autre chose, un sentiment, une attitude morale, un rejet de l’aliénation du monde capitaliste et de la fragmentation de l’humanisme. [...] Les grandes institutions nationales se vident, aux yeux du peuple, de l’esprit des fondateurs. Le gouvernement, la justice, le Parlement, les formations politiques sont vécus sous l’emprise du déracinement. L’âme collective ne s’y retrouve presque plus. [...] Il y a un état de manque, une sensation diffuse d’attente, un souhait contradictoire d’ordre et de changement. [...] Quand les hommes s’aperçoivent du décalage entre la réalité et le discours des gouvernants, quand ils ont le sentiment de ne disposer d’aucun moyen efficace pour se faire entendre, quand ils réalisent que les élites ne veulent pas améliorer le sort du peuple et, surtout, quand l’homme politique lui-même est persuadé de son impuissance, alors le nombre des déçus et des dégoûtés du système s’accroît. [...]

 

L’adversaire fondamental du mouvement populaire est ici : l’oligarchie « vendue à l’impérialisme », l’impérialisme et toutes les valeurs qui sont imposées au peuple de l’extérieur. Les vraies valeurs sont celles qui permettent la « libération nationale » de la « domination coloniale ». D’où l’existence à l’intérieur du camp populiste des ailes extrêmes « nationalistes » et « révolutionnaires », malgré le caractère d’arbitre que les gouvernements populistes cherchent à se donner entre le pôle moderniste et le pôle traditionnel. [...] Il est utile de rappeler que le populisme se manifeste sous l’angle de la contestation idéologique. Au sens strict, c’est un sentiment de profond dégoût de la politique et une révolte contre les élites. C’est une lame de fond faite des déceptions et des frustrations collectives. Un moment de rupture qui met en cause les bases même de l’aliénation individuelle : l’autorité. [...]

 

Certes, le projet populiste est loin d’être achevé, mais se manifeste sous la forme d’un (pré)sentiment que l’instauration d’un ordre plus juste et salutaire est possible. A y regarder de près, l’utopie populiste est un idéal de vie, de justice, de respect d’autrui, de sécurité, et surtout d’une unité nationale retrouvée. [...] Enfin, le projet populiste s’avère être un recommencement répétitif, une volonté de dépassement, une espérance de fraternité. Le peuple est ainsi investi d’une mission d’intégration. Un nouveau point de départ pour une humanité souffrante. Rédemption, donc. »

 

extraits tirés de "Le Populisme" d’Alexandre Dorna, Que sais-je ? n°3531, PUF, 1999

 

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