QU’EST-CE QUE LE LIBERALISME ?

Publié le par David L'Epée

undefined« J’avais été assez jeune frappé par l’engouement que suscitait chez mes condisciples dans les établissements secondaires et supérieurs la simple évocation du terme de liberté sans que pour autant d’ailleurs elle ne fasse l’objet d’un questionnement à caractère philosophique pourtant bien compréhensible auquel ce concept pouvait légitimement inciter. J’ai donc entendu à l’époque qu’il fallait être libre avec toute la contradiction logique que pouvait supposer un tel impératif. [...]


Voici ce que j’appelle libéral : Géopolitiquement c’est l’esprit de croisade américain qui se situe bien au delà de l’impérialisme que l’on connaît depuis les origines. [...] Ce qui fait l’horreur du système américain, c’est bien sûr que son citoyen représentatif vous annexe pour s’octroyer vos denrées mais surtout qu’il se réjouit en toute honnêteté de vous offrir ce qu’il appelle le bonheur qui pourtant n’est que le sien. Ainsi l’Américain ne comprend pas qu’on lui refuse ce cadeau empoisonné qu’il nous offre si généreusement. C’est bien en cela qu’il est malade. S’il n’y avait que les Etats Unis, cela ne porterait pas trop à conséquence. Il suffirait alors d’inventorier satellites, armements, production, superficie… Mais la crise est dans l’homme et pas un jour sans que je ne voie un Rhinocéros français ou plus généralement européen qui ne prenne plaisir à rentrer dans le grand parc des idées reçues. Evidemment, l’exportation du modèle américain y est pour beaucoup. Ainsi la fascination pour le mauvais anglais qu’est l’américain, l’usage de pseudo du même idiome au sein même de la famille nationaliste. La fascination pour les films à grand spectacle qui anesthésient les sens de ceux qui ne veulent Claudel connaître.


Le libéral, c’est l’individu totalitaire. Pour qui a donc écrit Ortega y Gasset ? Le libéral est rebelle, fier d’être seul et d’exprimer tout ce que disent les autres [...] Nietzsche l’avait prévu. L’Ecole de Francfort également. Le libéral pense. Panse les plaies béantes de ses trépanations. Adepte du prêt à penser. Ere de l’informatique. Erre de l’informatique. Pensée binaire, binerre. Religion sans participation. Participation sans émotion. Contre la pauvreté mais pour la richesse (sauf celle qu’il n’atteindra pas). Pour l’égalité si vous lui êtes supérieur ; contre si c’est l’inverse. Fait des dons (non anonymes) mais majoritairement lors des grandes campagnes télévisés. Pour les animaux, mais aussi pour le cuir (il faut bien se faire plaisir). Pense qu’avoir tort est un droit qui permet dès lors de mettre fin à la discussion. Vote parce que c’est son devoir. Ou ne vote pas parce que non. Est pour le rap. Ou contre. S’il est pour, n’écoute pratiquement que ça, s’il est contre n’en écoute jamais. Le libéral n’est pas. Il a. Fromm avait écrit de jolies choses sur le sujet en évoquant par exemple les mystiques rhénans. Je n’imagine pas un mystique libéral. Ne restent alors pour différencier les individus dans le règne de l’indifférenciation que la possession (voir l’importance du budget voiture) fonction du salaire et la subjectivité (les media). [...]


Il ne faudrait pas imputer à la postmodernité la responsabilité de l’écroulement final qui s’annonce. Ce n’est là que l’amoncellement de lointaines fissures. Le président américain n’avait peut être pas tort lorsqu’il évoquait la vieille Europe. C’est de là en effet qu’est parti le mal. Il y a longtemps. Très. L’époque médiévale fut à mon sens la charnière. On la présente comme ténébreuse. A tort. Quels mérites avait-on à penser quand Malesherbes et les puissants protégeaient ? Le mal s’est propagé ailleurs. Il a métastasé dans ce que l’on a appelé le nouveau continent qui n’était au fond qu’une nouvelle Europe. Or, majoritairement les éléments sains sont restés dans l’ancienne. »

 


Philippe Delbrauve, "Qu’est-ce que le libéralisme ?", La Gauche Nationale, 9 au 16 janvier 2008

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Bruno 13/03/2008 21:40

Et dans le même temps en septembre 2007, "Français d'Abord", la feuille de choux de la pensée du Guru de Montretout, faisait l'éloge de Margaret Thatcher, et de son libéralisme, modèle hautement social dans les années 80, comme chacun sait...
Aussi je ne comprends pas que Alain Soral et E&R vont faire dans cette galère qu'est l'Extreme-droite...