MISERES DE LA PRESSE FEMININE

Publié le par David L'Epée

« Ma fille feuillette le magazine Ziza. J’approche. En couverture, dix titres autour du sexe qui rendraient perplexe le plus délicieusement féministe de nos compagnons : "au lit j’ai été nulle, comment rattraper le coup ?", "tout pour tenir toute une nuit d’amour", "soixante-neuf folies pour allumer le désir", et j’en passe. Un total technobaise pour jeune fille en fleur. [...] La presse féminine expose une femme plus tarte que l’homme qui, lui, en trente ans, a adopté des comportements de sioux. Ces titres, pour la plupart dirigés par des femmes mutantes, décident comment vous allez séduire, aimer, caresser, faire l’amour. Vous souriez ? Vous avez tort, le pouvoir des médias sur nos esprits est gigantesque. Parce que tout ce qu’ils affirment fait figure de référence. Dans la jeune génération, on frise la karchérisation des neurones avec ce message répété en boucle : "Sois sexy, et pour être heureuse, fais du shopping." [...]

 

Pestrouille, le bimestriel des jeunes femmes libres, nous fait vibrer pour Noël. Non, pas une nouvelle inédite d’un écrivain amoureux glissé en cadeau sous le blister (dans le jargon marketing, on appelle ça un plus produit) mais... un vibromasseur. Joujou sexuel qui accompagne, en toute logique, le dossier du mois "Grandes vibrations 2006". [...] Ce qu’il faut voir derrière le message de Pestrouille, c’est que la consommation, l’acte d’achat, vient de contaminer le dernier domaine qui se passait encore fort bien de toute intrusion commerciale, de déballage de packaging, hormis celui du préservatif. Combien de filles lucides, bien dans leur tête et dans leur libido, s’amuseront un temps, pour combien d’autres plus fragiles qui retiendront seulement que "si Pestrouille le dit, alors il faut le faire" ? Bien sûr la farce est habilement présentée, habillée, enjolivée. Cautionnée par un titre ultra-tendance, donc on ne peut que s’en amuser. Reste que c’est un gode, un objet de fantasme ou de fille en longue jachère sexuelle, c’est selon, que l’on n’osait pas même acheter en catimini il n’y a pas si longtemps. [...] Vibromasseur mis à part, depuis dix ans, les magazines convient les lectrices à la grande célébration du sexe. Une jeune femme qui s’informerait régulièrement ne devrait absolument rien ignorer de la libido masculine, ni de la sienne, ni de tous les power points qui mènent à l’extase. Parmi ces femmes, il y a des filles, qui gobent le message comme parole d’évangile. »

 

Sylvie Barbier, "La Bimbo est l’Avenir de la Femme", Denoël, 2006

Commenter cet article