DIEU, LE DIABLE ET LA PUBLICITÉ

Publié le par David L'Epée

« Tandis que [la religion] prône un mode de vie simple et détaché des biens matériels, [la publicité] est motivée par une logique mercantiliste qui pousse à la consommation. Deux mondes, donc, que tout semble opposer. Pourquoi, dès lors, la publicité a-t-elle besoin de la religion ? Comment la récupère-t-elle ? La religion souffre-t-elle de ces emprunts ? Ceux-ci sont-ils préjudiciables ? [...] L'utilisation de Dieu dans la publicité reflète l'état de notre société. Et ce miroir nous renvoie essentiellement un nivellement des valeurs, une méconnaissance des textes bibliques, la désacralisation de la religion (essentiellement chrétienne) et le bricolage religieux auquel s'adonnent les contemporains. L'instrumentalisation du sacré n'a qu'un but : sacraliser le produit. Et en sacralisant des objets, ou des comportements, la publicité tend à devenir une sorte de guide qui propose des morales, des éthiques et des attitudes diverses, auxquelles le consommateur est libre d'adhérer.


Pour parvenir à ses fins, la publicité utilise essentiellement le registre iconoclaste ou transgressif. Par exemple, les publicitaires affectionnent aujourd'hui davantage la figure du diable que celle de l'ange. Le démon incarne en effet mieux les valeurs individualistes de notre époque : dépassement des conventions, refus des lois, émancipation des tabous, réussite sociale, etc. Cet usage décalé de la figure du Mal et de symboles religieux indique que la société poursuit sa sécularisation, et non un retour du religieux ou la permanence du poids culturel du fond religieux. De plus, la publicité contribue aux progrès de la sécularisation et au recul des connaissances bibliques par son usage caricatural des grands textes religieux. Elle ravive certes la mémoire de certains textes, mais souvent en les dénaturant. »

 

 

Patricia Briel, "Dieu et la pub : liaison dangereuse", Le Temps, 2 avril 2008

Publié dans analyse

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