APRES LE CENTRE, LES BOBOS ENVAHISSENT LES BANLIEUES

Publié le par David L'Epée

« La ceinture rouge de Paris pensait couler encore d’heureux jours communistes. C’était compter sans les bobos qui noyautent ces bastions. [...] L’essor de cette catégorie sociale dite des bobos (bourgeois en raison de leur niveau de revenus, bohèmes par leur style de vie) a provoqué, à la fin des années 1990, un séisme politique qui a fini par faire perdre la Mairie de Paris à la droite. Aujourd’hui, les bobos s’installent en banlieue, où ils achètent lofts, ateliers désaffectés, combles et entrepôts de la “ceinture rouge” de la capitale. Et leur arrivée entraîne un nouveau séisme, mais cette fois-ci à gauche. Montreuil, ville ouvrière adossée au flanc est de Paris et connue pour accueillir l’imposant siège social de la CGT, est à l’épicentre du tremblement de terre bobo. Graphistes, plasticiens, journalistes de renom, génies de l’informatique et ingénieurs commerciaux fortunés en ont fait leur lieu de résidence. L’arrivée dans la banlieue rouge de ces jeunes actifs, héritiers aussi bien des yuppies des années 1980 que des hippies des années 1970 qui rejettent le style de vie traditionnel de leurs bourgeois de parents, est à l’origine d’un boule­versement démographique, immobilier et politique particulièrement sensible à Montreuil. [...] Bouleversement immobilier aussi, car les prix du mètre carré habitable dans cette ville limitrophe de Paris, y compris pour les ouvriers et les précaires, se sont envolés en quelques années, avec, pour 2007 seulement, une hausse de 14,3 %. Et le changement est aussi politique : l’électorat, traditionnellement accaparé par le Parti communiste français, commence à prendre des teintes roses et vertes et aiguise les appétits des socialistes et des écologistes. [...]


Professeur à l’université de Nanterre, Jacques Donzelot voit dans le phénomène des bobos banlieusards la naissance d’une troisième fracture urbaine, dans une France déjà ébranlée par un choc entre, d’une part, les villes et les banlieues bourgeoises et, d’autre part, les cités-dortoirs très défavorisées. A Paris, analyse ce sociologue de l’urbain, la domination des bobos a aggravé les deux “cauchemars sociaux des classes moyennes : la menace qu’ils croient subir de la part des habitants des cités et le rejet qu’ils croient subir de la part des habitants des quartiers aisés”. [...] Et voilà aujourd’hui qu’apparaît, selon Jacques Donzelot, une troisième fracture : “La construction d’un espace urbain sélectif, où une population aisée de manipulateurs de symboles (yuppies, bobos et intellectuels riches), avides de quartiers populaires, fera en sorte de maintenir les apparences populaires mais obligera la population pauvre à partir, chassée par la flambée des prix de l’immobilier.” »



André Pérez, Publico (Espagne), mars 2008

Publié dans Europe

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