« LA CHINE A RAISON DE RÉSISTER »

Publié le par David L'Epée

« Il est utile, dans le contexte actuel, de donner une vue claire sur la notion même de l’Etat de Chine, afin d’aider le lectorat en Occident à mieux connaitre la Chine et le problème du Tibet. Le nom de la Chine (Zhong-Guo) est un concept géographique. Traduit littéralement, la Chine signifie le Pays du Milieu, car nos ancêtres ont cru qu'ils se trouvaient au centre du monde. Depuis que la Chine a été réunifiée en 221 avant J.-C., elle a connu successivement huit dynasties et deux régimes républicains. Durant son histoire de plus de 5000 ans, elle est toujours restée un pays d'ethnies multiples. La race Han constitue une base absorbante du pays et quelques dizaines d'autres y coexistent. [...] De nos jours, la Chine compte 56 ethnies. Toutes ces ethnies nationales sont des Chinois à part entière, et pas seulement la race majoritaire Han. La Chine, en tant que pays, n'a jamais été, n'est pas et ne sera jamais liée à une notion ethnique quelconque.


Sur le plan interne, dans le Pays du Milieu, il existe parallèlement deux moyens de distinction. D'abord, nous nous distinguons par le groupe ethnique auquel chacun de nous appartient. Ce qui découle du sang coulant dans nos veines. Il y a donc des Hans, des Huis, des Miaos, des Manchous, des Mongols, des Tibétains et d'autres. Ensuite, notre distinction se base sur l'origine ou l'endroit où nous sommes nés et vivons. Ainsi, il y a par exemple des Pékinois, des Shanghaiens ou des Cantonais, etc. Cette double distinction interne atteste l'origine et l'évolution de nous tous, de génération en génération. Mais elle n'entre nullement en conflit avec la dénomination commune de Chinois, ressortissants du Pays du Milieu. La théorie de l'Etat-nation, culture ethnique des Etats européens, n'est pas un modèle universel. L'histoire nous montre que l'Europe a suivi ce concept dans sa propre histoire jusqu'à nos jours. Pourtant n'ayant pas de vocation universelle, il fut malheureusement un outil de division utilisé par les grandes puissances dans leurs conquêtes coloniales. Heureusement, la Chine existe en tant que pays multiethnique et a résisté tant bien que mal depuis la Guerre de l'Opium (1840) jusqu'à aujourd'hui, aux puissances occidentales, à leurs tentatives de colonisation, scission et division. Sinon, aujourd'hui, la Chine n'existerait plus et ce qui serait resté aurait dû être nommé Pays de Han, par exemple. La Chine a raison de résister aujourd'hui et continuera sa résistance demain et nous, tous les Chinois, où que nous vivons, la soutenons de tout notre cœur et de toutes nos forces.


Force est de reconnaître qu'entre la Chine et l'Occident, il existe un différend sur le concept des Etats, notamment sur la notion même de la Chine en tant qu'Etat. En premier lieu, la méconnaissance des ethnies composantes de la Chine, la confusion sur le concept de l'Etat chinois de la part des gens vivant en Occident provient d'une simple ignorance des faits historiques. Hélas ! En second lieu, quant à ceux qui manipulent intentionnellement et avec malveillance la notion de la Chine, en donnant à une notion géographique une coloration ethnique, ou en réduisant un pays aux ethnies multiples en une entité mono-ethnique, en transposant une distinction interne en labellisation externe, par exclusion de l'une ou l'autre des 56 races, Tibétains inclus, du Pays du Milieu, et par la mise en conflit de l'un contre l'autre au sein de la même famille chinoise, notre devoir est de les dénoncer ! Pour les médias occidentaux surtout, si des critiques sont adressées constamment de leur part à la Chine pour sa non-transparence, censure d'informations voire partialité de reportages, ils sont priés de donner à la Chine des exemples adéquats avant de prendre la parole. On peut leur reprocher et condamner avec véhémence leur propre manipulation des informations et images aussi bien dans le passé que suite aux récents événements de Lhassa. Logiquement, s'ils pratiquent une politique inadéquate ou procèdent selon un double critère, il est indéniable qu'ils n'ont rien à enseigner ni à réclamer à la Chine. »

 

 

Zhang Yafei, juriste, membre du comité romand de la Chambre de commerce Suisse-Chine, Le Temps, 31 mars 2008 

 

Publié dans Asie

Commenter cet article