D’UN CONFORMISME L’AUTRE

Publié le par David L'Epée

« Avec le temps, la dimension révolutionnaire de Mai 68 a disparu, et n’a laissé qu’une dimension anarchiste dont on trouve une bonne illustration dans la figure du bourgeois-bohème, ou bobo. Le régime issu du mouvement contestataire reprend certains éléments de la bourgeoisie classique, qu’il renonce finalement à contester : la peur de la mort violente et la passion d’acquérir. Tout en lui ajoutant, contre la morale bourgeoise, cet élément bohème, qu’on retrouve en particulier dans l’évolution des moeurs. L’avénement de la bourgeoisie nouvelle manière soulève une question de fond : est-elle plus libérale ou moins libérale que la bourgeoisie classique ? On peut soutenir que l’élément bohème va de pair avec un plus grand libéralisme. Le véritable impératif moral, outre l’autonomie – pour soi-même – est devenu la tolérance – envers autrui. Le devoir de correction fraternelle, avec son cortège de pressions sociales, n’est plus reconnu comme légitime, si ce n’est au nom de la tolérance même – d’où le nouveau code de politesse qu’est le political correctness. Le caractère impératif de ce nouveau code de politesse invite cependant à se demander si l’ancien conformisme n’a pas cédé la place à un nouveau conformisme, non moins intolérant que le précédent. Plus profondément, il n’est pas sûr que la remise en cause généralisée de l’autorité serve véritablement la cause de la liberté. »

 

Emile Perreau-Saussine, docteur en études politiques au Centre Raymond-Aron, "Liquider Mai-68", Le Nouvel Observateur, novembre-décembre 2007

 

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