RÉHABILITER LE POPULISME

Publié le par David L'Epée



« En France, le pays du général Boulanger (qui rassembla aussi, on l’oublie trop souvent, des socialistes de gauche blanquiste), ces dernières décennies, le populisme, ce fut le diable. Aux yeux de tous les commentateurs, l’homme qui l’incarnait, c’était Le Pen. Et l’opprobre ne se limitait pas à lui. Tous ceux qui, de quelque bord qu’ils soient, relayaient des contestations ou des demandes du peuple contre une classe politique ayant, par définition, le savoir et la raison de son côté, furent, un jour ou l’autre, taxés de l’infâme insulte, fondée sur une équivalence jamais mise en question : populisme égale démagogie, quand ce n’est pas fascisme... [...]


Aux yeux des beaux esprits, de gauche comme de droite, pour qui la politique est une affaire sérieuse de techniciens, faire appel au peuple ou se recommander de lui est, par définition, suspect. [...] Si le populisme a fait l’objet d’un rejet aussi violent et sans examen, c’est en fonction d’une vision très dépréciative de la foule, et, au-delà, du peuple. [...] Le lien social étant un
"lien libidinal", la vie collective des sociétés repose sur une agrégation des désirs de leurs membres et la formation, à partir de là, d’un discours apte à les rassembler et à les harmoniser, à les articuler. [...]


Vu sous cet angle, le populisme n’apparaît donc plus comme une doctrine politique, idéologiquement de droite ou "douteuse", mais comme un mécanisme qui traverse tous les moments politiques majeurs ou authentiques des sociétés, quand il s’agit soit de renouveler un ordre ancien défaillant qui a fait la preuve de son autisme face à des questions nouvelles, soit de reformer une unité qui a été brisée par des politiques inégalitaires, privilégiant trop certaines couches ou classes au détriment des autres. Bref, pour le dire en une formule, le populisme peut se révéler en certains instants comme l’essence même du politique, qui consiste toujours, écrit Laclau, à "construire un peuple" sur fond d’une insatisfaction avérée ou d’un désorde menaçant. »



Patrice Bollon, "Le populisme : une idée à réhabiliter", Marianne, 23 au 29 février 2008



Lire à ce sujet le très intéressant ouvrage du philosophe argentin Ernesto Laclau : "La Raison Populiste" (Seuil, 2008)


Vidéo
 : cette manière très caractéristique qu’ont les grands médias pour définir et exemplifier ce qu’est le populisme...


Sur le meme sujet :
   Qu’est-ce que le Populisme ?     Cette  Démocratie  qu’ils  Appellent  Populisme...

 

 

Publié dans analyse

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dominique baettig 31/03/2008 13:23

Je ne peux qu'abonder dans le sens de Bossi...
et m'opposer à la gouvernance des experts et des bien-pensants.. D. Baettig