LETTRE DE LICENCIEMENT

Publié le par David L'Epée

Cette lettre de licenciement, publiée dans le courrier des lecteurs de Politis (numéro de 6 au 12 mars dernier) est adressée à un certain Monsieur S., anciennement domicilié à Neuilly-sur-Seine, employé d’une grande société connue sous le nom de France, lettre signée par les actionnaires de ladite société, autrement dit les citoyens français. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Monsieur S. n’a pas donné entière satisfaction...

 

« Monsieur,

 

Nous sommes au regret de vous informer que, conformément aux dispositions de la période d’essai, nous mettons fin à votre contrat de travail. En effet, depuis votre prise de fonction, nous avons été obligés de constater les manquements suivants. Premièrement, en ce qui concerne votre tenue et présentation pendant vos heures de service : votre expression s’est laissée souvent aller à l’extrême vulgarité ; la dernière en date, lors d’un salon professionnel, étant de traiter un travailleur de "pauvre con". Le mépris dont vous faites preuve à l’égard de collaborateurs de notre Société, dont vous seriez incapables d’exercer le métier, n’a d’égal que votre incapacité à vous exprimer autrement qu’avec grossièreté. Ce comportement n’est pas compatible avec les valeurs de notre Société. [...]

 

Rappelons que chaque salarié a droit au respect de sa vie privée. Cela signifie, en particulier, que les autres salariés ont droit à ce que votre vie privée n’empiète pas sur leur activité. La publicité abondamment faite autour de vos aventures, divorce ou remariage en un temps record, traduit un manque d’élémentaire pudeur, ou peut-être même une tendance à l’exhibitionnisme. [...] Enfin, nous attirons votre attention sur le fait que des luxueux et ostentatoires séjours de vacances, explicitement payés par des industriels, pourraient être assimilés à des abus de biens sociaux et/ou du trafic d’influence ; là encore, les soupçons – qu’ils soient justifiés ou non – que vous avez fait naître ne sont pas compatibles avec les valeurs de notre Société.

 

ch-mage.JPGDeuxièmement, en ce qui concerne l’exercice de vos fonctions proprement dites : vous avez multiplié les annonces, en détournant des termes historiques, pour tenter de vous approprier leur grandeur : Plan Marshall, Grenelle, etc. Malheureusement, une fois l’effet d’annonce passé, ces "Attalissades" se sont délitées, et n’ont abouti à rien de tangible, malgré la gravité des situations – environnementale en particulier – pour lesquelles vous avez été nommé. Qui plus est, par cette méthode, vous avez vidé les mots de leur sens ; désormais, donc, votre parole est vide. En outre, vos annonces sont, pour la plupart, précipitées, mal réfléchies, voire improvisées, et cela sans aucune concertation avec les directeurs des services concernés. [...] Pour couronner le tout, vos appels à la croyance religieuse, en contravention pure et simple avec notre règlement intérieur – référence à 1905.1 – qui garantit la liberté de conscience (cela, évidemment, supposant d’avoir une conscience et d’oeuvrer pour que la liberté existe). Ce dernier point constitue une faute grave qui justifie, à elle seule, la rupture de votre contrat de travail. [...]

 

En conclusion : vous avez démontré au cours de votre période d’essai, d’une part votre incapacité à tenir vos fonctions, et d’autre part les effets néfastes que votre "agitationnisme" peut avoir. Négligeant nos multiples rappels à l’ordre, et malgré une incitation financière à redoubler d’efforts (puisque votre salaire a plus que doublé, à votre demande, en cours de période d’essai), nous ne pouvons que regretter d’avoir à tirer la conclusion qui s’impose. A l’heure où notre Société doit se préparer à assurer la présidence tournante du Syndicat professionnel européen, nous ne pouvons prendre le risque de voir votre incompétence s’élever à la puissance 27, sans mettre en péril non seulement l’image, mais la crédibilité, voire l’activité, de notre Société. Ainsi, nous, citoyens actionnaire à 100% de la société France, constatons, selon l’article 68 de votre contrat de travail, "un manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat". Nous mettons donc fin, par la présente, à votre contrat. [...] Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs. »

 

 

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