CA BOUGE À GAUCHE !

Publié le par David L'Epée

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Le rapport de la commission Attali pour la
"libération" de la croissance ne finit pas de faire des remous dans le paysage médiatique français. A gauche, notamment. Quoi de plus normal pour la gauche, demandera le lecteur candide, que de s’opposer à un rapport ultralibéral devançant les fantasmes les plus irresponsables du président Sarkozy et préconisant avec un cynisme estomaquant la déréglementation à tout va et la régression sociale ? Voilà bien une question dénuée d’ambiguité et sur laquelle la gauche n’aura aucune difficulté à se positionner, pensera-t-on. Et pourtant, soupirera le lecteur un peu moins candide, rien n’est moins sûr... Outre le fait que M. Attali soit un ex-mitterandien (repenti ?), le rapport en question, cohérent dans son libéralisme, appelle à un renforcement de l’immigration pour rééquilibrer la démographie française. Or, nos actuels gauchistes (ou du moins ceux à qui on donne la parole) sont passés en quelques décennies, sans avoir l’air d’y voir la moindre contradiction, du socialisme à l’immigrationnisme.


Internationale patronale, dumping salarial, nivellement par le bas des droits syndicaux et des conventions collectives de travail : autant de sombres réalités liées à la question sensible de l’immigration du travail et que nos mondialo-gauchistes ignorent royalement. Ce n’est pas trop de dire que la gauche d’aujourd’hui a un vrai problème avec la question migratoire ! En témoigne ce billet d’humeur de Charb, dans le numéro du 23 janvier dernier de Charlie Hebdo, affligeant d’aveuglement et d’idées reçues :


« Le coup de main de la fille Le Pen au gouvernement se présente sous la forme d’une déclaration dans laquelle la commission Attali sur la croissance est qualifiée de
"commission Attila". En effet, la commission préconise un retour massif à l’immigration. Rien d’humanitaire là-dedans, ni même rien d’humain, la France a besoin de main-d’oeuvre choisie qui bâtira nos logements et financera nos retraites. Marine voit dans cet afflux d’allogènes "un plan précis et organisé de disparition de la nation française telle que nous la connaissons." Marine Le Pen est au niveau des jeux de mots les plus vaseux de son père. Attali-Attila, dans l’esprit du petit blanc, est un barbare nomade et apatride qui va ravager la France en lançant sur elle ses hordes immigrées. Un nouveau complot juif est en préparation. [...] Vous voyez que la politique du gouvernement n’est pas fasciste puisque l’extrême droite la critique en appuyant ses propos d’un insupportable clin d’oeil antisémite ! »


Certes, on sait que la gauche selon Charlie Hebdo, telle qu’elle est (re)définie régulièrement par son maître à penser Philippe Val, est tout à fait particulière puisqu’elle se réclame d’une tradition libérale – sa définition n’est en fait pas très éloignée de celle de notre ami Jean-Claude Michea, à la différence que ce qui pousse Val à être de gauche pousse Michea à ne pas l’être et à lui préférer... le socialisme. Après tout, on est en droit de mettre tout ce qu’on veut dans la vieille notion de gauche, mais si on en retire la préoccupation sociale, comme le fait Charb sans même s’en rendre compte, on peut se demander ce qu’il en reste...


On se demandera en tout cas en quoi le jeu de mots Attali-Attila est un
"jeu de mots vaseux" (Charlie Hebdo raffole en général des calembours et les leurs sont souvent bien plus sulfureux) et on se demandera surtout où, dans ce jeu de mots, Charb a bien pu trouver une allusion antisémite ! A moins que les Huns – merveille du révisionnisme anthropologique – soient devenus du jours au lendemain un peuple sémite ? Si c’était le cas, évidemment, nous tomberions tout d’accord pour admettre que la boutade de Marine Le Pen était extrêmement blessante et indélicate, car Attila aurait alors été promu au statut de leader du peuple élu... Mais c’est assez : ne répondons pas à la mauvaise foi par la mauvaise foi. Charlie Hebdo est tout à fait en droit de ne pas compter les leaders du Front National parmi ses amis, le journal n’a jamais caché son hostilité pour cette famille de pensée, mais s’ils pensent vraiment que Marine représente pour la France une plus grande menace que les réformes prévues dans le rapport Attali, nos scribouillards libertaires montrent qu’ils auraient un urgent besoin d’une leçon de réalité.


Mais la gauche est plurielle, et à côté des anarcho-trotskards habituels on trouve aussi parfois – trop rarement – une gauche intelligente, réaliste, à l’écoute des faits et des besoins populaires, n’hésitant pas à défendre une ligne sociale-souverainiste encore marginale mais promise, à mon avis, à un bel avenir dans les années qui viennent. Encourant les foudres à la fois de la droite et de la bien-pensance bobo rose pâle, Marianne et toute l’équipe de Jean-François Kahn osent dire l’indicible : l’équilibre social passera par un plus grand contrôle des flux migratoires. Maurice Szafran l’explique dans le numéro du 26 janvier dernier :


« Que nous renâclions à une politique d’immigration plus ouverte, telle que l’a définie la commission Attali, nous l’avons exprimé à de nombreuses occasions. D’ailleurs, la gauche dite "morale" n’a cessé, pour cette raison, de nous diaboliser. Or, accepter cette nouvelle immigration du travail, c’est à la fois se mettre (à bon compte) dans la poche une partie de la gauche et acquiescer, qu’on le veuille ou non, aux thèses les plus rétrogrades du MEDEF, à son refus obstiné d’augmenter les salaires dans le secteur privé ; c’est de plus rendre un mauvais service aux immigrés en France, qu’il est urgent d’intégrer dans de bonnes conditions matérielles, politiques et morales. »


Nous ne saurions dire mieux.

 


David L’Epée, 16 février 2008

 

 


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