CAPITALISME ET MISÈRES DU DÉSIR

Publié le par David L'Epée

« Vous avez peut-être vu des gens qui dans la rue proposent des free hugs, "câlins gratuits" en français. Ils tiennent une pancarte portant les deux mots inscrits. Ils abordent un inconnu et l’étrange accolade commence. J’en ai vu près de Beaubourg. Je me suis étonné de ce qu’on pourrait appeler une communication hors contexte. La production d’une émotion, en dehors de tout contexte. Habituellement, une situation de communication a besoin d’un contexte clairement établi. Tu entres au bistrot, tu dis bonjour. Tu repères ton pote installé au bar. Tu lui lances : "Salut Marcel". Avec le free hugs, il n’y a plus rien. Juste deux individus. Deux particules élémentaires, dirait Houellebecq. Et un protocole à accomplir.  Il s’agit juste de communiquer pour communiquer. Peu importe qui tu es : les individus sont interchangeables. Leur personnalité est abolie.

 

Dans le même genre que les free hugs, on peut classer : les flash mobs, le speed dating, et les réunions Facebookées, qui sont des sortes de flash mobs. Le parallèle avec Facebook est assez clair. Très souvent, les amis Facebook communiquent pour communiquer. Ce ne sont pas des personnes, juste des "profils", des points nodaux à travers lesquels le message est transmis. Tous sont anonymes, interchangeables, impersonnels. Ce n’est pas un hasard si le free hugs a été inventé dans un centre commercial, un jour qu’un homme se sentait trop seul dans un pays étranger. Le free hugs est typique d’une culture de la dépersonnalisation, tout comme le centre commercial, la zone commerciale, le motel (bien décrit par le philosophe Bruce Bégout), et de tout ce qui signe la victoire du marketing sur la culture. »

 

Eric Mainville, Agoravox, 29 janvier 2008

Publié dans analyse

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