LA CHINE ET LA GUERRE ASYMETRIQUE

Publié le par David L'Epée

APL01.JPG« A l'heure de la concurrence mondiale autour des ressources rares, comme le pétrole ou le gaz, les intérêts nationaux de la Chine débordent largement son territoire national, et ses capacités militaires se doivent de prendre en compte ces notions de "territoire économique" et de "territoire énergétique" du pays. [...] Face au discours préfabriqué des caciques archéomaoïstes, qui prônent à l'ancienne l'attentisme et l'accumulation d'armes défensives, une poignée de jeunes officiers veut faire entendre sa voix. Ces jeunes turcs affirment que le retard technologique sur les Etats-Unis est immense, mais ils ajoutent que ce retard ne doit surtout pas inhiber la Chine, car en pratiquant la guerre asymétrique, celle-ci peut remporter des victoires décisives face à un adversaire même infiniment plus puissant qu'elle. Le Goliath technologique est plus vulnérable qu'il ne le croit, et la guerre asymétrique doit permettre de le prendre à contre-pied. Les jeunes turcs de Pékin s'en défendent, mais leur théorie puise en fait à deux sources : d'une part les écrits millénaires des stratèges militaires portant sur les guerres entre Royaumes combattants ; et d'autre part le terrorisme moderne. Ils ont beaucoup lu Sun Zi, l'auteur du fameux Art de la Guerre, Sun Pi, Wu Ch'i et Shang Yang. Désormais, ils "lisent" aussi Oussama Ben Laden, auteur, le 11 septembre 2001, de l'acte de guerre asymétrique le plus fracassant de l'histoire. [...] La guerre asymétrique consiste à menacer des actifs militaires lourds et onéreux à l'aide d'instruments légers et bon marché, militaires ou non. [...]

 

Non sans une certaine admirations, ils [Qiao Liang et Wang Xiangsui, officiers de l'Armée Populaire de Libération (APL), auteurs de La Guerre Hors Limites, Rivages Poches, 2004] observent par exemple que les nouveaux terroristes sont capables de provoquer des ondes de choc aux proportions énormes chez la seule et unique hyperpuissance à exister désormais. Les premiers attentats d'Al-Qaïda au Moyen-Orient et en Afrique orientale leur permettent d'étayer leur hypothèse. Quand, deux ans plus tard, les tours du World Trade Center s'effondrent sous les "scuds" géants des hommes de Ben Laden, la "guerre hors limites" bénéficie d'une terrible validation. Le gouvernement américain proteste : il accuse les deux auteurs d'avoir soufflé l'idée au chef d'Al-Qaïda. [...] Si la guerre traditionnelle consiste à soumettre des groupes par la violence, la guerre moderne peut permettre d'atteindre le même résultat en utilisant cette fois l'interdépendance. La guerre asymétrique pourrait donc être financière si la Chine décidait un jour d'utiliser comme arme de guerre – quitte à en pâtir elle-même – les énormes quantités d'actifs américains qu'elle détient. Wang Xiangsui, le colonel "rebelle", a étudié la question : "Le dollar, et l'attrait irrésistible qu'il exerce à travers le monde entier, est ce qui permet aux Etats-Unis de soutenir un déficit commercial colossal. Si cet équilibre était rompu, ce serait l'équivalent d'une guerre." Les Chinois ont ainsi examiné la proposition de l'Iran de coter en euros ses recettes pétrolières. Wang Xiansui en est persuadé : "A terme, l'euro est une grande menace pour les Etats-Unis." »

 

Stéphane Marchand, "Quand la Chine veut vaincre", Fayard, 2007, p.63-69

 

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