« SARKOZY N’A JAMAIS BAIGNE DANS L’EPOPEE... »

Publié le par David L'Epée

undefined« Historiquement, la bourgeoisie française s’est déterminée contre l’aristocratie. La hantise des bourgeois, c’était l’ostentation et la consommation débridée. Il faut donc s’interroger sur le réemploi actuel dans la grande bourgeoisie de certains éléments de culture aristocratique. Neuilly est sans doute un des lieux où se mêlent bourgeois opulents, restes d’aristocratie et moeurs du show-biz – synthèse emblématique d’un capitalisme déterritorialisé. La bourgeoisie française, décomplexée par la mondialisation, dépasse ses propres censures dont une certaine idée du politique faisait partie. [...] Le Général [De Gaulle] est d’abord venu à la chose publique parce que, dès son enfance, il avait rêvé de sauver la France. Vous comprenez bien que, par différence, Nicolas Sarkozy n’a jamais baigné dans l’épopée. S’il a rêvé, c’était pour lui et lui seul, de revanche. Cet homme considère donc l’action politique sous le seul angle de son succès et de sa carrière. [...]

 

Avec un certain effarement, en mai dernier, les Français ont constaté que Nicolas Sarkozy n’avait pas honte de commencer son quinquennat sur le yacht de Vincent Bolloré. Au-delà de l’attitude ostentatoire, c’est le sens du message qu’il faut considérer : gagner les élections, c’est gagner le droit de jouir. Cela ne va pas de soi : en principe, c’est le droit d’agir que l’élection attribue. Le fait de rechercher en priorité la compagnie des hommes d’affaires n’est pas moins instructif que cet étalage de luxe. Naguère, les politiques se montraient avec des écrivains ou des artistes (Napoléon et Goethe, Clémenceau et Monet, De Gaulle et Malraux), c’est-à-dire avec des hommes voués, comme eux-mêmes en principe, à une oeuvre qui les dépassait. Au contraire, les hommes d’argent du Fouquet’s sont, pour ainsi dire, immanents à leur succès ; ce ne sont même pas pour la plupart, des "capitaines d’industrie", mais des financiers : ils "valent" tout simplement leur patrimoine. De cette manière, d’emblée, Sarkozy se montre étranger à l’ethos de nos républiques. »

 

Paul Thibaut (essayiste, ancien directeur d’Esprit), Marianne, 12 au 18 janvier 2008

 

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