QU’EST-CE QUE L’EURASISME ?

Publié le par David L'Epée

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« L’eurasisme est une réponse-réaction à l’américanisation grandissante du monde, à ce processus qui, émoussant la vitalité des peuples, les fait entrer dans un totalitarisme de fin de l’histoire. Par la voie d’une morale droit-de-l’hommiste et d’une technique orwellienne, 1’humanité, privée de la puissance de réaliser un destin traditionnellement et historiquement pluraliste, se voit réduite à une activité mécanique sans horizon. [...] On est mis en présence de deux pôles géopolitiques majeurs : les Etats-Unis, avec leur conception unipolaire du monde, triomphe de la raison, et l’Eurasie, avec une conception pluraliste de la dimension surnaturelle des cultures. [...] Le monde doit se penser en sphères ou zones d’influence, selon des courants de puissance, privilégiant la multipolarité. Chacun des pays qui font partie d’une même sphère doit s’attacher à s’accorder avec les autres pays de sa sphère, pour gérer au mieux leurs destins autonomes, afin de préserver leur modèle civilisationnel propre et de se développer selon leur seule volonté. [...]


La Russie
n’est ni européenne ni asiatique, elle est eurasienne. [...] Suivant en cela la pensée de Nicolaï Alekseiev, auteur des Théories de la Loi Eurasienne, les eurasistes considèrent le despotisme oriental pratiqué par Byzance, et par la Russie sous l’influence des Tatars, comme synonyme d’une société de devoirs, authentiquement gibeline. Elle est en cela exactement le contraire de la société occidentale ou des régimes libéralo-démocrates, fondés sur un idéal-type puisé dans l’Ancien Testament et dont l’Etat de droit est le pendant. C’est un modèle en déséquilibre, tel un anti-État dans l’Etat.


EURASIA, ce parti politique et social, qui a été fondé en 2002, opte pour une Union eurasienne (analogue à l’URSS, mais sur de nouvelles bases idéologiques, économiques et administratives), qui sera graduellement étendue à d’autres régions de l’Asie centrale, suivant un axe Moscou-Téhéran-Delhi-Pékin et qui pourrait se réaliser selon deux possibilités de blocs continentalistes:


- la petite Eurasie : Etat unifié sur le fondement de la Russie, du Khazakstan, de l’Ukraine, de la Biélorussie, des états de l’Asie centrale, de la Mongolie, des trois républiques baltes et, peut-être, des états balkaniques.


- la grande Eurasie: Réunion de la Turquie à la petite Eurasie.


En vue de la réalisation de ce projet, de nombreux contacts ont été pris, qui sont déjà opératifs avec les pays de l’ancien bloc soviétique, tels l’Ukraine ou le Khazakstan, et avec la Turquie. L’Europe ne serait pas laissée à l’écart, mais on ne lui réserve que des relations privilégiées, dans le cadre de partenariats divers, économiques, militaires, etc. Toutefois le sigle du mouvement est révélateur, qui englobe tout l’ancien continent, mais avec un rayonnement fort centré sur l’est.  Sur le plan économique, le bloc eurasiste est un mouvement anti-mondialiste, qui mise sur une autarcie, dans un fédération de régions. L’Etat eurasien n’a à intervenir que dans les dossiers essentiels et strictement politiques. En matière politique, le mouvement eurasiste est soucieux, en bonne logique conservatrice-révolutionnaire, d’éviter de se faire étiqueter de droite comme de gauche. Il se définit lui-même de centre radical, avec comme objectif suprême de maintenir l’équilibre entre la préservation d’un pouvoir efficient et la préservation du peuple. A vrai dire, le dilemme que croient avoir à résoudre les eurasistes n’est pas nouveau du tout. Les problèmes que pose à la Russie le fait d’être étirée entre l’Ouest et l’Est ont marqué son histoire depuis quatre siècles. [...] Pouvons-nous, pour notre part, faire l’impasse d’une pensée foisonnante et singulière, dont l’orientation est multipolaire, comme la nôtre ? A défaut de pouvoir embrasser des frères, ne devons nous pas faire tous nos efforts pour nous concilier ces cousins ? »


Ivan Maertens, Renaissance Européenne n°67

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Bruno 13/03/2008 13:56

Les Russes sont européens depuis toujours, même avant la Rus médiévale des Riurik. Il est vrai que pour protéger le reste de l'Europe ils ont subi deux siècles de domination asiatique (tataro-mongole) qui les ont séparés un temps du reste de la civilisation européenne, mais deux siècles à l'échelle de l'histoire, ce n'est pas grand chose. Je "n'achète pas" cette théorie d'une Russie non-européenne.
Les Russes ne se sentent pas européens, comme beaucoup d'Européens de l'Ouest et du Centre d'ailleurs, parce qu'ils confondent Europe et Union Européenne, et parce que le reste de l'Europe fait tout pour les induire en erreur. C'est la même méthode de division qu'Huntington a développé, séparant artificiellement l'Europe catholique/réformée de l'Europe orthodoxe.

Les Russes sont européens, c'est l'UE qui actuellement ne l'est pas assez (européenne, j'entends) car elle est soumise aux libéraux/atlantistes du parti américain en Europe.

Ce que certains appellent l'Eurasie, je l'appelle la Grande Europe, car le premier terme est parfaitement ambigu.

Toutes ces tentatives de propagande consistant à proférer des discours comme quoi les Russes ne sont pas européens, la Russie n'est pas européenne, ont pour bu d'isoler la Russie de l'Europe, et donc de servir directement les intérets du Département d'Etat américain de Washington : diviser l'Europe, empecher l'édification d'une Europe-Puissance à l'échelle continentale, en marginalisant la Russie. Cela va même plus loin car l'objectif avéré est de faire en sorte que la Russie se rapproche du Moyen-orient et de la Chine.
A ce propos avait été souligné une fois dans l'émission "C'est dans l'air" un fait bizarrement occulté : la Sibérie est quasiement déserte, à l'exception d'une population de 20 millions de Chinois immigrés.
Si à terme la Russie se rapproche de la Chine, elle sera purement et simplement absorbée démographiquement. Et le continent européen aura alors cessé d'exister.