LA GAUCHE DOIT RENOUER AVEC LA NATION

Publié le par David L'Epée

Bien que nous n’ayons pas d’affinité particulière avec la revue Politis, nous ne pouvons nous abstenir de placer cette chronique brillante du philosophe Denis Collin, collaborateur de ladite revue, dans notre rubrique "textes fondateurs" car il résume en grande partie la vision que nous avons des rapports du socialisme et de la nation. A lire attentivement et à méditer.

 
Marianne.JPG

« La gauche a depuis longtemps un problème avec la nation. Le ralliement de la social-démocratie traditionnelle à l’impérialisme français entraîna par contrecoup une méfiance systématique à l’égard de la nation et des revendications nationales, si bien que l’internationalisme, qui suppose l’existence de nations séparées, a été remplacé par un anti-nationalisme ou un cosmopolitisme qui en est peut-être l’exact opposé. Pourtant, les traditions révolutionnaires et ouvrières sont intimement liées à la question de la nation, depuis la Première République jusqu’à la Libération en passant par la Commune. [...]

 

Confondant nation et impérialisme, la gauche internationaliste ne sut pas tirer les bonnes leçons de cette tragédie du mouvement ouvrier. En 1939, le pacifisme paralysa nombre de militants parmi les plus radicaux qui refusaient de prendre part à un conflit entre impérialistes... sans comprendre qu’alors, défendre la nation, c’était défendre la liberté des ouvriers et les acquis de la démocratie. Il est à craindre qu’on soit retombé dans les mêmes ornières. Et cela expliquerait la coupure de la gauche et d’une large fraction d’une classe ouvrière martyrisée par la mondialisation et la "concurrence libre et non faussée" imposée par l’Union Européenne, c’est-à-dire par les gouvernements capitalistes. Les ouvriers ont voté non au Traité Constitutionnel Européen parce que la nation est le seul cadre protecteur pour les dominés, alors que le démantèlement de tous les acquis et de toutes les protections sociales est conduit au nom de l’Union Européenne et de la mondialisation, "inévitable" et même "heureuse"...

 

Si la gauche avait présenté un candidat représentant le "non au Traité Constitutionnel Européen" et défendant les revendications ouvrières contre les règlements de l’Union Européenne, il aurait, à coup sûr, battu Sarkozy. Au lieu de cela, elle a laissé le champ libre au candidat du grand capital. Son tropisme atlantisme, ses convictions néolibérales, sa volonté d’en découdre avec les acquis sociaux et ses liens ostentatoires avec les couches supérieures du capital financier auraient dû éloigner de lui les classes populaires. Il a eu l’habileté d’enfourcher le discours "gaulliste" concocté par Henri Guaino et il a pu passer pour un défenseur des travailleurs en développant une rhétorique nationale et en s’annexant les héros de la gauche, de Jaurès à Guy Mocquêt. La mécanique même de cette tromperie devrait donner à penser. Il ne peut pas y avoir de politique internationale commune tant que l’Europe est accrochée au char de l’empire américain. Sortir de l’OTAN, s’engager à répudier toute politique de la canonnière, reconnaître le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce sont là des mesures élémentaires pour construire une Europe juste et pacifique. »

 

Denis Collin, philosophe, "Pour une Europe confédérale, union de nations libres", Politis, 1er novembre 2007

Publié dans textes fondateurs

Commenter cet article

Philippe 23/01/2008 00:46

Quel sens donner à la nation dans l'Europe et la mondialisation ? Le regionalisme est en plein boum !