COTE RUE : AU-DELA DES PREJUGES

Publié le par David L'Epée

Une réaction en entraînant une autre et comme je viens de prendre connaissance de la réponse d'un lecteur à mon article "Droite nationale ?" d'il y a deux jours (le même lecteur déjà cité dans l'article en question), je réponds à mon tour à ses objections, et puisque, ce qui n'est pas chose fréquente, mon contradicteur s'adresse à moi avec politesse, j'en ferai de même. 

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Vous l'avez dit, les liens indiqués sur un site internet ne sont jamais innocents, et si on les signale à l'attention du lecteur, c'est bien parce qu'on en partage les vues, en tout cas partiellement. C'est mon cas – mais je tiens à garder la nuance du "partiellement". Je n'ai jamais dit que ces liens ne vous apprendraient rien sur ma vision du monde (ce qui relèverait, comme vous l'avez écrit, d'un charmant infantilisme), mais j'ai précisé que vous me jugeriez certainement bien mieux en décryptant mon blog qu'en décryprant ceux des autres. Dans mon article consacré à ces liens, je ne cherchais pas du tout à m'en distancier, mais seulement à montrer en quoi ces sites ne pouvaient pas, à mon avis, être qualifiés de droitiers. J'adhère en grande partie aux thèses actuelles d'Alain de Benoist (le Benoist d'aujourd'hui, pas celui des premières années du GRECE où, comme vous le relevez, les influences de l'extrême droite étaient encore très fortes), thèses qui concernent l'anti-mondialisme, l'écologie, l'autodétermination des peuples ou encore le droit à la différence. Je collabore ponctuellement à la revue Rébellion dont je partage la plupart des vues (avec quelques réserves sur des questions géopolitiques comme celles concernant la Russie). Et je pourrais parler en ces termes de la plupart des liens mentionnés. Je n'ai aucun problème avec ça, j'assume mes positions.

 

Vous suggérez, cher lecteur, que ma sympathie pour Alain Soral m'égare sur des voies tortueuses et que je me voile la face, me refusant à voir les nausabéondes réalités contenues en germe dans le discours de cet homme (il est toujours de bon ton d'user de l'adjectif "nauséabond" quand on laisse entendre que le fascisme n'est pas loin). Votre aimable tentative de me sauver, de faire de moi une brebis égarée, un jeune esprit impressionnable abusé par un miroir aux alouettes, me va droit au coeur, mais je suis obligé de vous détromper sur ce point. Si j'ai décidé de suivre (avec certaines réserves) le combat d'Alain Soral, c'est précisément en raison de ce que ce combat implique, et les idées, les projets, qui sont portés par ce combat n'ont, rassurez-vous, rien que la morale réprouve.

 

Le groupe avec lequel je me sens le plus d'affinités, vous l'aurez remarqué, est le mouvement Egalité & Réconciliation (dont je me félicite, sous peu, d'être un membre actif). Il y a peut-être là sujet à polémique de par la proximité de ce mouvement avec un certain parti politique et de par la grande diversité idéologique qu'on trouve en son sein. Soyons très clairs : Alain Soral a fondé Egalité & Réconciliation au moment où il était conseiller de campagne de Jean-Marie Le Pen pour les présidentielles françaises (sans être pour autant encarté au FN, notons-le) et il n'exclut pas qu'en France, ce mouvement puisse servir de laboratoire d'idées pour le nouveau Front National qu'il souhaite voir émerger dans les années à venir, un grand parti populaire qui, espère-t-il, prendrait la place historique laissée vacante par le presque-défunt Parti Communiste Français. On est en droit, tout en partageant les idées de M. Soral, de ne pas penser exactement comme lui sur ce point. J'avais exposé mes réserves dans une lettre ouverte à M. Soral à l'époque de la campagne des présidentielles (Je ne Hurlerai pas avec les Loups), lettre que vous pouvez relire sur mon ancien blog, sur Agoravox et que Soral avait publié sur son site.

 

Egalité & Réconciliation réunit en grande partie des déçus de la gauche et de l'extrême gauche (ce qui correspond assez bien à mon profil), des gens qui, pour la plupart, renâcleraient à entrer au FN et ne sont certainement pas prêts de le faire. Je vous conseille de jeter un oeil sur les videos du collectif Salut Public qui illustrent bien l'esprit dans lequel ce mouvement a été créé : vous y trouverez fréquemment un appel au réveil de "la gauche authentiquement nationale et révolutionnaire". Ajoutons que ce problème-là (qui est en fait un faux problème) se pose encore moins en Suisse, où je vis et où je compte, avec mes camarades, fonder une section d'Egalité & Réconciliation, car nous ne sommes liés à aucun parti du paysage politique suisse. Il faut bien comprendre qu'on trouve au moins deux tendances dans Egalité & Réconciliation : ceux qui, comme Soral, pensent que le FN va poursuivre sa mutation sociale et devenir le grand parti des travailleurs tant attendu, et ceux qui, comme moi, doutent mais attendent de voir. Et, après tout, si le FN voulait un jour réformer son programme en s'inspirant de nos idées, pourquoi nous en plaindrions-nous ? Ce serait plutôt une bonne nouvelle, non ?

 

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Ces précisions ne sont pas inutiles car, ayant été formé quant à moi dans les rangs du marxisme (ce dont je m'honore et que je ne renie pas), je sais que les réactions de mes camarades de la première heure seront rarement favorables au nouveau travail que j'entreprends. Pour le militant communiste de base, passer dans le camp Soral, c'est un crime de "déviationnisme" impardonnable, c'est prêter le flan aux pires comparaisons (petit Doriot que vous êtes, ai-je entendu un jour !), aux préjugés les plus étroits et les plus tenaces. J'en suis désolé, mais je préfère subir les foudres et l'intolérance dogmatique d'une poignée de marginaux plutôt que de continuer de jouer un jeu auquel je ne crois plus, de me mentir à moi-même et de rester crispé sur ces étiquettes périmées appelées gauche et droite.

 

Concernant les autres allusions de votre réponse, il est inutile, de pense, de préciser que je n'ai aucun lien et aucune sympathie avec le NPD, parti qui me dégoûte au plus haut point. Que certains de mes camarades aient cru bon de donner la parole à un militant du NPD montre bien qu'il y a un "flou doctrinal", comme vous dites, chez Egalité & Réconciliation dans la mesure où c'est un mouvement jeune et qui s'est donné pour tâche de réconcilier des opposants au système situés parfois à des pôles opposés du spectre politique ; mais je pense que c'est précisément cette décrispation, cette ouverture au dialogue, ce goût pour l'esprit critique et la libre pensée, qui donnent à ce mouvement sa force et son caractère non dogmatique. Pour ce qui est de mes positions à l'égard de l'extrême droite (la vraie, celle qui considère le monde comme un marché géant et mène les politiques les plus anti-sociales), elles sont sans ambiguité et sont pour ainsi dire à la base de mon engagement. Les nombreux articles de ce blog sur l'UDC, principal parti suisse d'extrême droite, vous convaincront de ma bonne foi. Et je me suis suffisamment fait casser la gueule dans mon adolescence par des trublions néo-nazis (contre lesquels nous bataillions ferme dans la fougue de notre prime jeunesse) pour que l'on n'ait pas à remettre en doute la sincérité de mes convictions antifascistes. Je n'ai pas changé, j'ai juste compris que l'antifascisme était un combat d'arrière-garde et que ce n'était pas la peste brune qui menaçait nos peuples aujourd'hui mais un totalitarisme d'un tout autre genre. Le réalisme, en politique, c'est aussi cela : savoir distinguer les contradictions principales des contradictions secondaires – axiome énoncé en son temps par Mao Zedong qui, comme chacun sait, était un affreux nazi.

 

Mon prochain article sur la question s'intitulera "Gauche Nationale ?" et reviendra plus précisément sur les raisons de mon engagement et pourquoi il paraît aujourd'hui évident que le principe de nation est le meilleur rempart des peuples libres contre les catastrophes engendrées par la mondialisation et le libéralisme.

 

Je vous adresse, cher lecteur contradicteur, mes meilleures salutations et voeux de nouvelle année, et me réjouis de pouvoir discuter avec vous en toute courtoisie car c'est là un des principes du travail de réconciliation entrepris par notre mouvement.

 

 

David L'Epée, 9 janvier 2008

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inquisiteur 10/01/2008 13:48

Bonjour.
Votre réponse est claire et d'une appréciable courtoisie.
Je suis heureux de vous avoir, en quelque sorte, permis de préciser votre vision des choses, ce qui restera utile à vos lecteurs.
Je reste étonné quant à ce type d'itinéraire, que je porte au passif de la politique de la fausse gauche qui n'a rien fait d'autre que de semer le désarroi et fait croitre l'incohérence.
Croyez que si je me suis intéressé à votre blog au point d'y réagir, c'est qu'il ne m'est pas indifférent et que je ne saurais en rejeter l'entier contenu.
Je continuerai à vous lire, probablement sans vous commenter.
Et je resterai, en ce qui me concerne, totalement inorganisé.
Je vous adresse également mes voeux de bonne année et mes sincéres salutations.