OSTALGIE

Publié le par David L'Epée

DDR.jpg« Il s’appelait Conrad Schumann. Au musée de Checkpoint Charlie consacré au Mur de Berlin et à ses martyrs, on voit la photo qui l’a fait entrer dans l’Histoire. C’était en 1961, juste avant que le Mur ne coupe Berlin et en deux peuples. Conrad saute les barbelés, coiffé de son casque russe, et se retrouve à l’Ouest. Pendant quinze jours, on le célèbre, on le fête. Et puis on l’oublie. Conrad n’a pas su s’adapter à l’Occident, à cette ville alors opulente qui n’était pas faite pour lui. Il mourra quelques années plus tard, alcoolique et clochard. Il avait cru rejoindre ses frères et il n’avait croisé que des Wessis [Allemands de l’Ouest] indifférents. Pauvre Conrad, il aura été le premier des "ostalgiques", ces ressortissants de l’ancienne RDA qui regrettent le communisme. [...] Pour les Ossis [Allemands de l’Est], le paradis n’est plus dans l’enfer capitaliste qui a tué Conrad, mais dans cette RDA engloutie. [...] L’Ostalgie est un pays stigmatisé, jeté aux poubelles de l’Histoire mais qui a continué à vivre dans les têtes et dans les coeurs. Le fantôme d’un Etat défunt qui avait de bons côtés malgré la dictature. L’Ostalgie a ses rites, ses codes, ses mots de passe. Les Ossis se reconnaissent entre eux au premier coup d’oeil. Ils sont liés par des souvenirs d’enfance et de jeunesse. [...] Les jeunes Berlinois nés après la réunification fument des Karo, boivent du café Rondo, se lavent les cheveux avec le shampoing des travailleurs. Ils s’accrochent à des produits qui n’éveillent en eux aucun souvenir. [...] Ils s’enferment pourtant dans une RDA virtuelle parce qu’ils vomissent l’Ouest. Un sondage de l’Université libre de Berlin réalisé en novembre 2007 révèle que les deux tiers d’entre eux regrettent l’ancienne Allemagne de l’Est. »

François Caviglioli, Le Nouvel Observateur, 13 au 19 décembre 2007

Publié dans Europe

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