ON NE SORT PAS DE LA LUTTE DES CLASSES

Publié le par David L'Epée

En dépit des mutations rapides et diverses qui touchent la Chine d’aujourd’hui et en dépit du quasi-consensus des historiens occidentaux pour qui la Révolution chinoise ne saurait être qu’une entité diabolique, l’esprit de la lutte des classes n’est pas mort en Chine et il pourrait bien, d’un point de vue sociologique, continuer d’inspirer les réformes en vue d’une réduction des inégalités sociales. Malgré son matérialisme professé, le marxisme appliqué a toujours montré que la lutte des classes n’était pas qu’un concept socio-économique mais une véritable affaire éthique. Partout, dans les pays communistes comme dans ceux qui ne le sont pas, où les grosses fortunes sont suspectes, où la vigilance populaire s’exerce, où la prospérité individuelle ne saurait être source de fierté mais peut encore inspirer la honte et la culpabilité, un certain esprit de lutte des classes continuera à souffler, comme un garde-fou contre les dérives ploutocratiques.

 

RS18.JPG« Souvenons-nous de l’angoisse dans laquelle le palmarès Hurun des cent Chinois les plus riches a plongé la première génération de milliardaires chinois. Le premier du classement 2005, Huang Guangyu, PDG du groupe de distribution de produits électroménagers GOME, s’était empressé de contester sa place. Quant à Jun Jiahe, fondateur du groupe immobilier China Pacific Construction Group, second au palmarès de la même année, il affirme que les grosses fortunes constituent un groupe exposé. Ceux qui en font partie y voient une menace pour leur sécurité et celle des membres de leur famille, et le risque d’être condamné par l’opinion publique pour avoir amassé des richesses. Voilà qui constitue une torture morale pour les riches.

 

Yin Mingshan, le PDG du groupe Lifan, reconnaît qu’il éprouve un profond sentiment de culpabilité vis-à-vis de ses ouvriers, et qu’à cause de cela, il n’a jamais l’esprit tranquille. Des statistiques de l’Université du Peuple Chinois indiquent qu’environ 60% des personnes interrogées sont convaincues que les grosses fortunes ont été accumulées par des moyens illicites. [...] Pour celui qui ne veut plus connaître d’insécurité et de haine, payer la société en retour s’avère un choix judicieux. Comme le souligne un homme d’affaires de Wenzhou, "on entend souvent parler de l’assassinat de tel ou tel richard qui aimait afficher sa fortune, mais a-t-on jamais entendu dire qu’un philanthrope sincèrement charitable a été dépouillé de ses biens ? ". [...] [Les grosses fortunes] doivent aborder la société en faisant preuve de générosité pour changer leur image ternie dans le coeur de la population et se poser en modèles moraux conscients de leurs responsabilités sociales. »

 

Xuan Feng et Hong Gu, Nandu Zhoukan (Canton), novembre 2007

Publié dans Asie

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