LE MOMENT DE DÉBOULONNER ELTSINE

Publié le par David L'Epée

RUSSIE – « Beaucoup se sont sentis profondément humiliés d’avoir perdu la Guerre froide. Ils n’ont jamais cru que c’était une chute "naturelle". Ils sont persuadés qu’ils ont été trahis. Donc ils veulent un second round. »

Vladimir Boukovski, Charlie Hebdo, 28 novembre 2007

 

Eltsine-et-Clinton.jpg« Cet homme [Poutine] qui s’est juré de restaurer la grandeur de la Russie s’est imposé sur les ruines d’une pseudo-démocratie libérale corrompue et honnie par le peuple. [...] C’est son prédécesseur, Boris Eltsine, célébré en Occident comme le père putatif d’une transition démocratique, qui a fait tirer au canon sur le Parlement de Moscou. Sous le règne eltsinien, une nuée de conseillers américains et européens avaient envahi les avenues du Kremlin pour initier la nouvelle Russie aux mécanismes de l’économie de marché. Sous leur houlette, les réformateurs appelés par Eltsine n’ont réussi qu’à instaurer un capitalisme de rapine. La privatisation de l’ancienne économie planifiée se transforma en une foire d’empoignes souvent sanglante. Les vainqueurs s’adjugeaient à bon compte les meilleures tranches du gâteau. Les proches de Eltsine ne furent pas les derniers à se servir. Au lieu d’ériger un Etat de droit, la classe des nouveaux riches s’est emparée de l’Etat lui-même. [...] La population russe, qui avait rêvé de liberté et de paix, fut aux trois quarts réduite à la misère et ne connut en fait de liberté que le spectacle des manipulations électorales et des luttes politico-mafieuses ponctuées de règlements de compte. Aux yeux du public russe, la démocratie libérale est devenue synonyme d’injustice, de criminalité et de corruption. [...] Lorsque l’ensemble de l’édifice s’est écroulé sous le poids de la banqueroute d’Etat de 1998, Poutine était devenu l’homme incontournable pour l’opinion publique qui vomissait ses dirigeants. [...] Il a su rendre sa fierté à une population russe qui avait mal supporté le lent abaissement de la Russie après la chute de l’Union Soviétique et qui attribuait cette humiliation autant à l’Occident qu’à la corruption de ses propres élites. [...] [Poutine] a satisfait au besoin de considération du peuple russe en parlant haut et fort sur la scène internationale, à la fois face à l’Amérique et à ses voisins immédiats. »

 

François Schlosser, "Le roman d’un renard", Télé Obs, 24 au 30 novembre 2007

 

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