MORALE ET CONSOMMATION

Publié le par David L'Epée

« Les historiens futurs qui étudieront l’évolution de la société occidentale aux alentours de l’an 2000 seront certainement attentifs au processus de démoralisation qui s’est produit au cours de cette période et qui s’est caractérisé par un tel affaissement du sentiment moral, un tel affaiblissement de la capacité de distinguer entre le bien et le mal, qu’une partie des populations des pays les plus développés de la planète en est arrivée à considérer la morale comme caduque, voire comme une forme de "réaction" à l’émancipation du genre humain. [...]

 

Dans une économie capitaliste de marché, il ne suffit pas d’accroître l’offre pour gagner beaucoup d’argent, il faut aussi augmenter la demande correspondante et pousser les clients à consommer toujours davantage, au-delà même de leurs besoins et de leurs moyens réel. Cette tendance de fond au gavage forcé du public se heurtait au début à la culture des vieilles générations, aux habitudes et attitudes héritées du passé, transmises par des instances éducatives valorisant traditionnellement la décence, la modération, la réserve, l’épargne, la crainte de l’endettement, la retenue, la frugalité, voire l’ascétisme. Ces modèles ancestraux, à mesure que les nouvelles générations remplacèrent les anciennes, ne résistèrent pas à la formidable poussée consumériste suscitée par le plein emploi, l’augmentation du niveau de vie, l’allongement des études, l’urbanisation accélérée, la tertiarisation, l’extension des loisirs, etc. tous ces facteurs structurels permissifs étant eux-mêmes accompagnés par la mise en oeuvre de tout un arsenal symbolique. Par le biais en particulier d’une publicité agressive et obsédante et d’une propagande massive portée par l’explosion des médias audiovisuels et de la presse magazine, le productivisme capitaliste entreprit de favoriser l’émergence dans chaque individu d’un homo oeconomicus dont les structures de subjectivité personnelle présentaient toujours davantage d’homologie avec les structures objectives de l’économie de marché.

 

Tout ce qui, d’un point de vue intellectuel et moral, pouvait mettre un frein au gaspillage et à la prolifération des désirs insatiables excités en permanence fut critiqué, attaqué et finalement disloqué. Il n’y eut pas un seul domaine de la pratique où, au nom de l’innovation et de la modernité, on ne s’attaquât aux préceptes et aux règles de vie antérieurs, dénoncés comme des contraintes archaïques, ridicules et insupportables. Toutes les barrières s’effondrant, le flot naguère plus ou moins contenu de la convoitise et de la concupiscenc, prit un cours impétueux, sous l’apparence d’une "révolution" des moeurs. »

 

Alain Acerdo, "La Morale en Questions", La Décroissance, novembre 2007                                             

 

Sur le même sujet :   Le  Flic  ou  le  Fric ?     Impératif  de  Jouissance  contre  Interdit  Judéo-chrétien

Publié dans analyse

Commenter cet article