LA NOVLANGUE NÉOLIBÉRALE ET CEUX QUI LA PARLENT

Publié le par David L'Epée

Le concept de novlangue a été forgé par le grand écrivain Georges Orwell dans son célèbre roman d’anticipation "1984". La novlangue y était le résultat de la dénaturation du langage opéré par les dominants pour justifier leurs politiques et orienter l’évolution de la société dans le sens décidé par eux. Très présents dans les diverses périodes totalitaires du XXe siècle, la novlangue n’est pas moins forte de nos jours, mise au service des objectifs idéologiques de l’hyperlibéralisme et de la mondialisation avec, comme axe principal de leur discours, la dotrine (paradoxalement héritée du marxisme) du sens de l’histoire.

 

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« [La novlangue néolibérale] est la langue du fétichisme. Elle cherche à imposer une représentation du monde qui inverse les déterminations, en faisant passer les rapports sociaux comme des rapports entre choses. C’est sans doute la clé de l’idéologie néolibérale, qui repose sur le primat de l’économique : il y aurait des lois économiques quasiment naturelles déterminant ce qui est socialement possible. Vouloir les enfreindre – par exemple en augmentant les salaires ou en réduisant le temps de travail – revient à commettre un contresens économique qui conduit forcément à de sévères retours de bâton. Il s’agit donc d’un discours de soumission à un ordre social présenté comme immuable et intangible. »

 

Michel Husson, Politis, 15 novembre 2007, s’exprimant au sujet du livre "La novlangue néolibérale : la rhétorique du fétichisme économique" d’Alain Bihr (Edition Page Deux, Lausanne, 2007)

 

 

« Souvent présentée comme naturelle ou "de bon sens", la promotion du néolibéralisme en matière économique constitue l’objet de nombre de discours de nos intellectuels médiatiques nationaux. Sans être exhaustifs, quelques noms suffisent à renseigner sur la catégorie : Bernard Heri-Lévy, André Glucksmann, Jacques Marseille, Elie Cohen, etc. Un petit groupe de personnes qui parvient à occuper de façon quasi ininterrompue presse écrite, radio et télévision, par de multiples interventions (livres, articles, chroniques, participation à des talk-shows). Cette caractéristique du paysage audiovisuel français est aujourd’hui bien connue, notamment grâce aux travaux de Serge Halimi ou d’Henri Maler de l’association Acrimed. Quant au contenu, le petit livre offensif d’Eric Hazon, directeur des éditions La Fabrique, intitulé "LQR", a montré avec force les effets de cette novlangue du néolibéralisme contemporain qui, insidieusement, creuse le sillon d’une propagande au quotidien dans les médias, la publicité, les supermarchés, au travail et dans la rue, pour ainsi travailler chaque jour à la domestication des esprits. Euphémismes, tournures, évitement des mots du litige (par exemple classes sociales remplacées par couches sociales), un vocabulaire et quelques techniques rhétoriques ont donc permis, depuis le début des années 1980, la diffusion généralisée des dogmes néolibéraux. [...] Sous de grands airs de réflexion indépendante, l’exemple le plus récent de révérence à l’air du temps néolibéral se trouve sans doute dans le dernier livre commis par le plus "grand" des intellectuels médiatiques, Bernard Henri-Lévy, qu’il vient de consacrer à la gauche hexagonale, dont il déplore l’"archaïsme, son retard idéologique persistant, son attachement névrotique à ces principes hors d’âge que sont les principes du socialisme traditionnel". »

 

Olivier Doubre, "Intellectuels dans l’air du temps", Politis, 8 novembre 2007

 

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