GAUCHE SOCIALE CONTRE GAUCHE DES "VALEURS"

Publié le par David L'Epée

socialo.JPG« La gauche n’a plus rien à proposer en matière de politiques socio-économiques. Elle a fait, au mieux, du néolibéralisme sans enthousiasme, et son discours est devenu purement moralisateur, mettant en avant des "valeurs" antiracistes, féministes, antifascistes, etc., qui sont supposées la distinguer de la droite. Sur le plan pratique, la principale initiative de la gauche a été de se lancer dans la "construction européenne". Laquelle a eu pour principal effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme. Les Socialistes et les Verts, en encourageant cette construction au nom de leurs "valeurs", principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces, ou plutôt contre celles de leur base. L’idée étant d’isoler le processus politique de l’influence des citoyens, en confiant un maximum de décisions à une bureaucratie non élue et ouverte à l’influence de tous les groupes de pressions privés. [...]

 

Tous les mouvements politiques couronnés de succès sont ceux qui croient à ce qu’ils disent. [...] Dans la mesure où la gauche ne fait que plaider pour une politique de droite modérée, elle n’a aucune chance de l’emporter. Pour changer cela, il faut commencer par revenir à ce qui est la racine du conflit entre la gauche et la droite – et qui ne porte pas sur les "valeurs", et surtout pas sur le féminisme ou l’antiracisme, que la droite moderne est parfaitement prête à accepter – la question fondamentale du contrôle de l’économie. [...]

 

S’il y a une position de gauche qui reste populaire, c’est bien la défense des services publics et des droits des travailleurs, qui sont les principaux moyens de lutte existant aujourd’hui contre le pouvoir des détenteurs du capital. En fait, tout le programme implicite de la construction européenne est d’arriver à détruire, en sauvant les apparences, le "paradis social-démocrate" fait de sécurité sociale, d’enseignement généralisé, de soins de santé publics, qui est une forme embryonnaire de socialisme et qui demeure extrêmement populaire. »

 

Jean Bricmont (auteur de "Impérialisme humanitaire", Aden, Bruxelles, 2005), "An 01 de la Gauche : on arrête tout, on réfléchit", Le Monde Diplomatique, août 2007

 

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