IL Y A UN AN MOURAIT MILTON FRIEDMAN

Publié le par David L'Epée

Il y a un an, en novembre 2006, mourait Milton Friedman, un des principaux théoriciens du libertarisme, branche la plus ultra du libéralisme sauvage. Encore trop souvent honorée par des think thanks financiers jusqu’en Europe même, la mémoire de cet illuminé, inspirateur de Pinochet, Margareth Thatcher ou Ronald Reagan, sera un jour appelée à comparaître au tribunal de l’histoire comme un des idéalistes les plus destructeurs de l’histoire moderne. Repose en paix, Milton Friedman, ET NE REVIENS JAMAIS PARMI NOUS.


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« Friedman rappelle un peu le docteur Folamour : même mélange de dogmatisme, d’innocence, de cynisme, et même rêve de faire figure de sauveur. Il prétendait qu’une concurrence non faussée, "pure", pouvait tout régler. Il a le visage d’un oncle souriant qui n’a jamais, au grand jamais, mis les pieds dehors, et qui vous emmène à la fenêtre pour vous expliquer ce qui est important dans la vie et ce qui ne l’est pas. [...]

 

Depuis le début, il a conscience du fait que sa solution de "pureté" pour régler les difficultés de l’humanité ne sera jamais acceptée par ceux à qui elle doit être imposée, à moins qu’ils ne soient dans un état de choc affreux. Pour que les gens acceptent le dématèlement des aides sociales, la suppression d’un revenu minimum et de tout contrôle des conditions de travail, la privatisation des services sociaux, des impôts qui favorisent de plus en plus les riches, la perte de tout droit de faire réellement entendre son opposition, pour que les gens acceptent ce deal, il faut d’abord qu’ils subissent un désastre économique et soient pris de panique. Cette "doctrine du choc" imprègne et détermine depuis quelques temps les décisions globales du G8, de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, des stratéges de la CIA, et – à l’occasion – de l’armée américaine. [...] [Cette doctrine est] la mise en scène contrôlée de l’effondrement économique, le démantèlement de toutes les infrastructures existantes, la synchronisation bien calculée d’une période de pauvreté abjecte et de panique, après quoi on sort du bois cyniquement avec de fausses promesses à la main. [...]

 

Ceux qui administrent les chocs ont appris, après un demi-siècle d’expérimentation, que la façon la plus efficace de détruire le sens de l’identité des gens consiste à démanteler et à fragmenter systématiquement l’histoire de leur vie qu’ils s’étaient racontée jusque là, soit à effacer le passé. Une fois le passé effacé, n’importe quel slogan politiquement pourri, malgré l’innocence qu’il affichera, fera l’affaire : l’heure est au changement, prenons un nouveau départ, repartons de zéro. Ainsi va la démagogie du néolibéralisme. »

 

John Berger, Le Monde Diplomatique, août 2007

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