SARKOZY DRAGUE LES INTELLECTUELS

Publié le par David L'Epée

Vous l’avez peut-être remarqué, sur ce blog, on n’aime pas beaucoup Bernard Henri-Lévy – on a nos raisons, comme on l’a expliqué les semaines précédentes. Je me permets néanmoins de citer dans notre rubrique livres un passage de son dernier torchon "Ce Grand Cadavre à la Renverse", car il raconte comment Sarkozy l’a contacté pour lui demander de le soutenir durant la campagne. Un passage révélateur qui nous en apprend beaucoup sur le type de relations qu’entretient le président avec les intellectuels du système.

 

« Ce livre commence le 23 janvier 2007, à la suite d'une conversation téléphonique avec celui qui n'est encore que le possible futur président de la République française. Il est 3 heures de l'après-midi. Mon vieil ami André Glucksmann, complice de tous mes combats depuis trente ans, vient de publier, en première page du Monde, un article où il annonce son ralliement au candidat de l'UMP. Le téléphone sonne. C'est le candidat au bout du fil – patelin, voix suave : [...]


«Alors, tu as vu «le Monde»... ? me demande-t-il, de cette voix de triomphe mal contenu que je lui connais bien. Tu as vu l'article de ton ami sur ton ami ?


- Oui je lui réponds. Evidemment que je l'ai vu. C'est bien. C'est courageux. [...]

- Le courage n'a rien à voir, reprend-il, piqué. Car il y en aura beaucoup, des gens de gauche, qui me rejoindront. Beaucoup, tu verras...

- Très bien, lui concédé-je. Pas courageux, d'accord. Disons, alors, audacieux. Prenant le risque défaire bouger les lignes. Et...»


Sarkozy-01.jpgIl me coupe – suave à nouveau, accommodant, toute la fanfaronnade partie comme par enchantement.
«Bon. Venons-en au fait. Et toi ? Tu me le fais quand, toi, ton petit article ? Hein, tu me le fais quand ? Parce que Glucksmann, c'est bien. Mais toi... C'est toi, après tout, mon ami.

- On en a parlé cent fois. Et j'ai toujours été très clair. Les relations personnelles sont une chose. Les idées en sont une autre. Et j'ai beau avoir de l'estime pour toi, et de la sympathie, la gauche est ma famille et... OAS_AD('Middle1');

- Quoi ? réplique-t-il, la voix rauque tout à coup, presque en colère, mais une colère que je devine, elle aussi, jouée. M. Emmanuelli, ta famille ? M. Montebourg, ta famille ? Ces gens qui te pissent à la raie depuis trente ans, ta famille ?[...]

- Oui, bon, je te l'accorde... Mais c'est la vie... C'est ma vie... J'ai toujours voté à gauche et je sais que, cette fois encore, c'est à gauche que je voterai... [...]

- Tu en connais beaucoup, toi, des responsables politiques qui parlent de la Tchétchénie comme j'en ai parlé l'autre dimanche ? Et des qui disent que le Darfour ne doit pas être traité comme un point de détail de l'histoire du XXIe siècle, tu en connais ? Allez. Arrête de pinailler. Sois courageux. Prends-toi par la main. Et on va y aller, tous les deuxjaire la révolution, tu verras... Tu ne vas pas te mettre contre moi, non, quand même ?»

 

Bernard-Henri Lévy, "Ce Grand Cadavre à la Renverse", Grasset, 2007

Publié dans livres

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