MORALE ET CLASSES SOCIALES

Publié le par David L'Epée

Mich--a.jpg« Plus on s'élève dans la hiérarchie sociale, plus la pratique des vertus humaines élémentaires devient difficile voire impossible. Comme le dit l'adage américain: «Si vous vivez à Washington et que vous cherchez un ami fidèle, adoptez un chien.» En revanche, dans les milieux populaires, dont l'idéal politique est d'abord négatif («ne pas être opprimé», notait Machiavel), les dispositions à l'entraide sont encore massivement répandues, pour le plus grand désarroi, d'ailleurs, de cette gauche contemporaine fascinée par toutes les formes de transgression.

 

Certes, avec la destruction planifiée du cadre urbain et rural, et la précarisation de la vie professionnelle, ces valeurs de solidarité sont en recul constant. Mais toute observation sérieuse montre qu'il reste encore de la marge et un grand potentiel de résistance politique à la libéralisation intégrale de la vie humaine. A votre avis, pourquoi les banques ont-elles pris l'habitude de changer régulièrement le conseiller personnel de leurs clients? Parce qu'elles savent qu'un simple employé, avec le temps, risquerait de s'attacher a eux et de se comporter non plus comme un commercial qui doit à tout prix placer ses produits, mais comme un être humain. C'est là, en somme, un hommage du vice libéral à la vertu des gens ordinaires. [...]

 

Si l'existence familiale des nouvelles générations doit essentiellement se dérouler entre le réfrigérateur en accès libre, la télévision, le téléphone portable, le MP3, l'ordinateur et la console de jeux, je doute que cette nouvelle forme de socialisation soit très favorable au développement du type humain requis par une société socialiste, c'est-à-dire par une société dans laquelle chacun pourrait vivre d'une activité ayant un sens humain. [...]

 

La seule question qui doit se poser est de savoir s'il s'agit d'éduquer une génération de consommateurs égocentrés en symbiose parfaite avec la logique libérale ou, à l'inverse, une génération capable de résister radicalement à cette logique et de reprendre à son compte, sous les formes qui seront les siennes, l'idéal d'une société réellement humaine. Je comprends que les sociologues officiels – dont le système choisit de médiatiser les analyses – privilégient la première option et y voient un progrès civilisationnel incomparable. Ils ne vont pas mordre la main qui les nourrit. »

 

Jean-Claude Michéa, auteur de "L’Empire du Moindre Mal : Essai sur la Civilisation Libérale " (Climats, 2007), Le Nouvel Observateur, 27 septembre 2007

 

La lecture de l’ouvrage de Jean-Claude Michéa s’étant montrée très instructive, j’en publierai quelques extraits dans les prochaines semaines, dans une nouvelle rubrique consacrée aux livres.

Publié dans textes fondateurs

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Dissertation Proposal 30/08/2010 15:23


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