UN ROBIN DES BOIS INVERSÉ

Publié le par David L'Epée

Bush.JPG
« Dans une analyse de l’économie américaine rédigée en 2003, l’économiste Jeff Madrick posait d’épineuses questions : “A partir de quel moment les inégalités de revenus commencent-elles à avoir des répercussions sur les droits civiques et politiques ainsi que sur l’attachement ancien des Etats-Unis à l’égalité des chances économiques ? A partir de quand ces inégalités commencent-elles à la fois à refléter un échec de la démocratie et à contribuer à son affaiblissement ?” Quand on sait que le PDG d’ExxonMobil gagnait il y a peu 368 millions de dollars [258 millions d’euros] par an, on comprend parfaitement les conclusions de Jeff Madrick, selon lesquelles “de solides arguments nous poussent à croire que nous avons déjà atteint ce moment”. Les riches sont devenus superriches, et la classe moyenne n’a cessé de s’appauvrir.


Le grand capital n’avait plus exercé pareille influence depuis le Gilded Age [l’âge d’or, période de prospérité qui a suivi la guerre de Sécession], une époque à laquelle les sénateurs étaient de facto nommés par les riches entrepreneurs. D’innombrables lois et orientations politiques mises en œuvre par George W. Bush (érosion du salaire minimum, diminution des impôts pour les riches et des aides sociales pour les pauvres) ont accéléré la dévaluation du travail au profit du capital. George Bush a redistribué les richesses bien plus activement que n’en fut jamais accusé George McGovern [candidat démocrate malheureux à la présidentielle de 1972, présenté par les républicains comme un gauchiste radical]. A ceci près que Bush a redistribué les richesses aux riches. Une situation déjà résumée en son temps par Louis Brandeis [juge à la Cour suprême et démocrate, 1856-1941] lorsqu’il affirmait que, “dans ce pays, nous pouvons ou bien avoir la démocratie, ou bien avoir de grandes richesses concentrées aux mains de quelques-uns, mais pas les deux à la fois”.
En six petites années, George W. Bush a non seulement dilapidé l’excédent budgétaire fédéral conséquent dont il avait hérité, mais a aussi englouti l’héritage de plusieurs siècles de progrès démocratique. Et il ne s’agit pas là d’une affirmation alarmiste. C’est la pure et simple description de la crise silencieuse que traverse actuellement notre démocratie. »

 

Mark Green, The Nation

Publié dans Amériques

Commenter cet article