APRES LA DESTALINISATION, LA RESTALINISATION ?

Publié le par David L'Epée

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« En Russie, les bustes de Staline refont leur apparition dans les cités. Un musée Staline a ouvert ses portes à Volgograd l'an passé. Les ouvrages énumérant les mérites du petit père des peuples envahissent les rayons des librairies de Moscou et de Saint Petersbourg. Un nouveau manuel scolaire explique que l'Union Soviétique était "non pas une démocratie mais un exemple de société juste" et que de tous les dirigeants, Joseph Staline est celui dont l'oeuvre a été "la plus réussie". [...] "Les Russes n'ont pas encaissé ces dernières années que le pays soit présenté comme une nation en déliquescence. Ils restent nostalgiques de la puissance sociétique, qu'ils attribuent à Staline" argüe Madeleine Vatel, journaliste établie à Moscou. Une mélancolie sur laquelle surfe Vladimir Poutine, qui se pose en restaurateur de la grandeur passée et affirme que "les pages noires de l'URSS n'étaient pas si terribles". "Les orientations politiques du président visent à redonner à l'Etat l'importance qu'il a eu autrefois, note Alain Blum, directeur du Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen à Paris. Pour cela, il pose l'Union Soviétique en vainqueur de la Seconde guerre mondiale et laisse à Staline le bénéfice de la modernité". [...] "Le discours anti-occidental se répand de plus en plus et beaucoup pensent que l'Europe et les Américains ont stigmatisé Staline pour nuire au pays." [...]

 

Selon le président Vladimir Poutine encore, l'effondrement de l'URSS est la plus grande catastrophe du XXe siècle. [...] "Staline a toujours été considéré là-bas de manière plus nuancée qu'en Europe, précise André Liebich, professeur à l'Institut universitaire des hautes études internationales. On distingue ainsi le bon Staline, héros de la guerre, modernisateur de l'agriculture et porteur de l'industrialisation, du mauvais, responsable de multiples fusillades, y compris à l'intérieur du Parti." [...] Selon un sondage publié cet été, 54% des jeunes Russes de 16 à 19 ans estiment que l'ancien dictateur a fait "plus de bien que de mal", 17% qu'il n'est pas responsable des atrocités commises, et 40% que son rôle a été exagéré. [...] Il est extrêmement difficile pour la population de se distancier de l'histoire soviétique dans la mesure où elle cherche à s'en réapproprier la grandeur. »

 

Caroline Stevan, "Diabolisé par l'Occident, Staline fait son grand retour en Russie", Le Temps, 24 septembre 2007

Publié dans Russie

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